Le Monde Perdu

Commande de la Métropole Rouen Normandie pour le festival Graines de jardin.

Le dispositif comprenait des toits de voitures émergeants au milieu de coquelicots fabriqués à partir de bouchons de bouteille de lait et de fil de fer à lier le béton, un compte philosophique affiché in situ, un poème écrit sur de nombreuses feuilles volante très fines que les gens pouvaient ramasser au sol et garder.

Les pensées rouges

Normer,
Contrôler,
Uniformiser,
Produire,
S’enrichir et consommer
Tirer des bénéfices.
Du blé à perte de vue
Sur les courbes de résultats des grands céréaliers.
Sur d’autres courbes
Celles du terrain
Une mer orthonormée
De céréales soumises
Au diktat du bénéfice insatiable.
L’obsession de la production et de la rentabilité
L’obsession
La production
La rentabilité
L’obsession
Voilà le monde
Produire
A bouffer
Du plastoc
Des bagnoles
Des gadgets
Du désir d’être
Riche
Du désir d’être
Ailleurs
Et puis bouffer
Et bouffer encore
Du rentable
A n’en plus pouvoir
A tout rendre sur la table
Et puis se vider
Vider nos poches
Remplir les leurs
Se vider tant mieux
Du CAC 40 et toutes ces merdes
Pour faire place nette
Et voir vraiment
Ce qu’il y a
Au fond.
Un creux ouvert sur la lumière
Un tout petit fil
Au cœur de nous
Qui vibre à tout ce qu’il y a de beau.
Sur toutes les mers orthonormées
De céréales soumises
Dansent des coquelicots
Qui font vibrer mon fil.
Dans le sombre de mon fond
Des graines de coquelicots attendent
Impatientes
Et me chatouillent le ventre.
On peut toujours
Normer
Contrôler
Uniformiser
Ces graines en nous attendent.
Sur toutes les mers orthonormées
Du pire de notre humanité
Cherche à s’élever le mieux
Cherche à danser
La poésie et des pensées toujours plus belles
Petites tâches rouges
Sur nos carapaces noires
En notre essence ancrée.